Dans le cadre de sa série d’interviews sur le rôle et la place des femmes dans les chefferies traditionnelles du Niger, le Magazine électronique de la femme nigérienne Kassey-Sy reçoit comme invité le Chef de canton de Tahoua, Maï Martaba Mahamadou Moussa, plus connu sous le sobriquet Adou. Avec lui, nous revenons sur une figure féminine particulière qui a marqué l’histoire de la chefferie de Tahoua à l’époque de la pénétration coloniale : la prêtresse « Tasigui » ou « Araniya ».
Balkissa Hamidou : Qui était « Tasigui » ou « Araniya » ?
Maï Martaba Mahamadou Moussa :
Je n’ai pas connu personnellement cette femme. Elle avait existé au temps de nos aïeux, plus précisément au moment des guerres. « Tasigui » s’occupait de ce qu’on appelle en langue haoussa Arwa, c’est-à-dire la vision spirituelle. Grâce à ses pouvoirs mystiques, elle pouvait pressentir les conflits ou guerres imminents.
Son rôle consistait à prévenir la « Magajiya » – la responsable des femmes du canton – qui, à son tour, informait le chef de canton afin que les dispositions nécessaires soient prises.
Balkissa Hamidou : Est-ce que « Tasigui » était nommée comme la « Magajiya » ?
Maï Martaba Mahamadou Moussa :
Non. Il n’y a eu qu’une seule « Tasigui » dans l’histoire de la chefferie de Tahoua. Elle a vécu à l’époque de mon grand-père, Salifou Galabi, durant la période de la pénétration coloniale.
Balkissa Hamidou : « Tasigui » allait-elle à la guerre ?
Maï Martaba Mahamadou Moussa :
Non. Une fois que la « Magajiya » informait le chef d’un danger, les femmes et les enfants étaient conduits dans un lieu appelé Biga, situé à 12 km de Tahoua, qui était à l’époque une forêt servant de refuge. Pendant ce temps, les hommes partaient au combat.
Balkissa Hamidou : Peut-on dire que « Tasigui » a joué un rôle prépondérant dans la chefferie de Tahoua ?
Maï Martaba Mahamadou Moussa :
Bien sûr. « Tasigui » a marqué son temps, même si elle restait sous la coupe de la « Magajiya ». Elle était l’un de ses bras droits et jouait un rôle essentiel en alertant sur les menaces de guerre, permettant ainsi au chef de guerre de se préparer.





