Entretien avec Mme Kadidjatou Fondo, Présidente du groupement des femmes dénommé « Lassabey»

Autonomisation de la femme

Entretien avec Mme Kadidjatou Fondo, Présidente du groupement féminin « Lassabey » de Gala Kaïna (Commune rurale de N’Dounga, Tillabéry)

Magazine : Comment le groupement des femmes de Gala Kaïna est-il organisé ?

Mme Kadidjatou Fondo : Avant tout, je tiens à remercier votre magazine pour l’intérêt porté à notre groupement et à nos activités.
L’idée de créer ce groupement est née après que les hommes de notre localité se sont lancés dans cette activité et que nous avons constaté leurs bons résultats. Inspirées, nous avons décidé de nous organiser.
Au départ, nous étions 20 femmes. Aujourd’hui, nous comptons 37 membres. Notre bureau est composé d’une présidente, d’une vice-présidente et d’une trésorière.

Magazine : Depuis quand avez-vous initié ce groupement ?

Mme Kadidjatou Fondo : Nous l’avons créé en 2003. À nos débuts, nous faisions du jardinage : chou, courges, carottes, moringa. La vente de nos produits nous permettait de constituer une caisse commune. Avec ces revenus, nous achetions des vivres que nous revendions ensuite, et les bénéfices étaient partagés entre nous. Après chaque récolte, nous pouvions dégager plus de 500 000 F CFA.

Magazine : Qu’est-ce qui vous a poussées vers la pisciculture ?

Mme Kadidjatou Fondo : D’abord, l’exemple des hommes qui s’étaient lancés dans cette activité et réussissaient bien. Ensuite, nous produisons déjà des légumes autour des bassins. C’est pourquoi nous avons demandé deux bassins au chef du village, également président des pêcheurs, qui nous les a accordés.
Nous pratiquons une culture intégrée : riz et poisson dans le bassin, légumes autour. Le riz et le poisson évoluent en même temps, mais il faut éviter d’utiliser l’engrais en présence des poissons. Les revenus issus du riz, du poisson et des légumes sont partagés : une partie va dans la caisse commune et l’autre est redistribuée aux membres.
La caisse sert aussi de fonds de solidarité : une femme en difficulté peut y emprunter pour un baptême, un mariage ou un besoin urgent, puis rembourser petit à petit. Grâce à ces activités, nous vivons convenablement et nous sommes devenues autonomes.

Magazine : Comment écoulez-vous votre poisson ?

Mme Kadidjatou Fondo : Nous cassons le prix pour les membres du groupement afin qu’elles profitent directement de leurs efforts. Par exemple, si les pêcheurs vendent le kilo à 2 500 F CFA, nous le proposons à 2 250 F CFA aux femmes du groupement. Elles revendent, gardent leur bénéfice et nous rapportent notre part. C’est le même principe pour le moringa. Le poisson étant très prisé, nous n’avons pas de difficulté à l’écouler.

Magazine : Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Mme Kadidjatou Fondo : La première difficulté est l’accès à la terre. Nous travaillons sur des terrains qui ne nous appartiennent pas. Ensuite, nous n’avons jamais bénéficié d’un soutien de l’État ni d’ONG, malgré des promesses. Nous manquons de matériels : arrosoirs, motopompes, engrais, intrants pour poissons, etc. Nous souhaitons aussi bénéficier de formations techniques et de voyages d’échanges pour améliorer nos pratiques.

Magazine : Quel appel lancez-vous aux femmes qui n’exercent pas encore d’activité ?

Mme Kadidjatou Fondo : Je leur dirais que le monde appartient à celles et ceux qui se lèvent tôt. Les temps ont changé : la femme ne doit plus tendre la main, ni à son mari ni à un proche. Nous devons toutes travailler, pour subvenir à nos besoins et contribuer à la construction de nos localités et de notre pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *