Balkissa Hamidou reçoit comme invité Alzouma Alfazazi…

Société

Balkissa Hamidou reçoit comme invité Alzouma Alfazazi, Psychologue Clinicien, à l’hôpital National de Niamey, au Pavillon E, service psychiatrique, sur l’impact de la consommation des stupéfiants, sur la santé mentale et reproductive des femmes et des filles
BH : Quelles sont les conséquences sanitaires, que la consommation des stupéfiants, peut avoir, sur la santé mentale et reproductive des femmes et des filles ?
Alzouma Alfazazi : Les conséquences sont les mêmes que ça soit chez les femmes, les filles et les garçons. Il y a les complications psychiatriques liées, à l’usage des substances psy-coactives ou la drogue. L’usager de la drogue peut développer, ce qu’on appelle la maladie mentale. Toutes les maladies psychiatriques peuvent se développer chez les usagers de la drogue, que ça soit des femmes, des filles et les garçons. Ces complications peuvent être typiques, selon les types de drogue utilisée. Sinon il n’y a pas de différence en termes de trouble psychiatrique consécutif à l’usage de la drogue.
Un autre type de conséquences, c’est la désocialisation, c’est-à-dire que, les usagers de la drogue, celles que nous rencontrons, ici lors des consultations, sur le plan relations sociales et relations familiales, ils deviennent extrêmement tendues et conflictuelles. Aussi les usagers de la drogue finissent par se retrouver dans un état de santé mentale, leur conduisant à l’abandon de l’école et un désintérêt par rapport à la vie sociale. Une façon de dire, qu’elles sont déconnectées par rapport aux coutumes et aux us de notre société. Les femmes et les filles qui utilisent ces drogues se détournent de la vie sociale, telle que connue, dans notre société. Elles sont carrément coupées de la vie de chez nous en termes de normes. Une troisième conséquence, c’est qu’au niveau de ces femmes et des filles, qui utilisent ces stupéfiants, au-delà des conséquences psychiatriques et de la désocialisation, on ne les reconnaît pas comme étant une référence et ou une représentation de la junte féminine dans notre société. C’est-à-dire comme des modèles. 
Par rapport à l’aspect santé sexuelle et reproductive chez les femmes et les jeunes filles, ce que nous devons retenir ici, c’est que la drogue modifie le fonctionnement du cerveau. Toutes les fonctions liées à la sexualité, sont déformées, par l’usage de la drogue. Ce qui nous amène à voir que, ces femmes et ces filles ont des conduites sexuelles à risques, par rapport aux infections sexuellement transmissibles, telles que les IST, le VIH Sida et autres. Des infections qui auront par ricochet des conséquences sur les grossesses, autrement, dit sur les enfants et ou les fœtus, selon les types des IST contractées, par ces femmes et ces filles. Et quand on parle de conduite sexuelle à risque, c’est à deux niveaux. Dans le premier cas, le plus souvent ces femmes et ces filles que nous recevons en consultation sont dans des groupes avec des hommes, qu’on appelle des ‘’Daba’’. Elles sont en clans. Elles sont exposées à des abus sur le plan sexuel, les exposant aux grossesses non désirées et aux IST. Pour les usagers de la drogue, certaines drogues ont des conséquences directes sur le fœtus. Je parle sous le contrôle des spécialistes. C’est ce qu’on appelle des effets tératogènes. Dans tous les cas au niveau de la reproduction, les femmes et les filles, usagers de la drogue, sont toutes exposées à des maladies sexuellement transmissibles, qu’elles contractent, auprès de leurs partenaires. Et ces infections auront des conséquences, d’abord sur leurs capacités et leur fertilité ou également sur les fœtus et ou sur les bébés, qui vont naître. En gros sur la santé sexuelle et reproductive.
Toujours dans les conduites sexuelles à risque, certaines drogues peuvent avoir des effets, aphrodisiaques et peuvent engendrer toutes les conséquences, que ces aphrodisiaques peuvent susciter. Les femmes et les filles qui consomment ces stupéfiants peuvent avoir des complications. Elles peuvent développer d’autres maladies psychiatriques, telle que la manie, qui entraine une sorte d’exacerbation, du fonctionnement de la libido. C’est-à-dire que la fonction sexuelle va être exacerbée, entrainant une vie sexuelle à outrance. Ce qui du coup les exposent aux maladies sexuellement transmissibles avec toutes les conséquences.

BH : Quelle est l’ampleur de la consommation des stupéfiants chez les femmes et les filles ?
Alzouma Alfazazi : Nous constatons, que les filles comme les garçons consomment ces drogues et nous sommes étonnés, par la proportion que prend ce fléau, au vue de l’ampleur des consultations des filles, que nous recevons dans nos services, avec la problématique de l’usage de la drogue. C’est vraiment un fléau, qui nécessite qu’on s’y attarde.
En plus des drogues classiques, que les femmes et les filles consomment, ici, je voudrai évoquer une autre forme de consommation des produits nuisibles, qui prend de l’ampleur et dont on parle peut par ignorance. Ce sont certaines formes de médicaments de la rue, que les femmes utilisent, pour traiter des maladies, mais qui ont des effets beaucoup plus aux allures de la drogue. Par exemple les femmes dans les villages, qui vont dans les champs utilisent ces produits, qui ont un potentiel dopant, par rapport à leurs activités quotidiennes. Ils utilisent ces médicaments à des doses très élevées et qui finissent par être de la drogue pour eux. Parce que, lorsqu’on revient à la définition de la drogue, c’est une substance, qui contribue à la modification du fonctionnement du cerveau, mais aussi avec beaucoup plus, le potentiel de la dépendance que ça créé chez eux. C’est ça qui fait qu’aujourd’hui, même dans les villages, il y a des femmes qui sont beaucoup plus dépendantes de certains produits de la rue, qu’elles utilisent, dans le cadre de leurs activités quotidiennes. Elles utilisent ces produits (médicaments), pour pouvoir supporter la surcharge des travaux, or ce sont des formes de drogue qu’elles consomment sans se rendre compte.
BH : Quels sont les types de stupéfiants les plus consommés par les femmes et les filles ?
Alzouma Alfazazi : Les filles sont organisées, sous formes de clubs d’utilisation de la drogue, surtout avec leurs amis garçons. Il y a des femmes et des jeunes filles, que nous recevons aux soins, qui utilisent la cocaïne, le cannabis, le crack et les produits dérivés, par exemple les sirops codéines, en renfort à la chicha, qu’elles consomment avec leur groupe d’amis et toutes les autres drogues, qui circulent dans la ville de Niamey.
BH : Quelles sont les causes de l’usage des stupéfiants chez les femmes et les filles ?
Alzouma Alfazazi : Il y a la pauvreté mais aussi l’influence de tout ce qu’il y a comme effets de changement, notamment l’accessibilité, à certaines informations sur les réseaux sociaux. Elles découvrent par curiosité ces produits et elles tentent de faire l’expérience. Elles sont prêtes à essayer. C’est comme ça, qu’elles tombent dans la consommation abusive de ces drogues. Il y a également la dislocation familiale, avec les divorces et les décès des parents, qui amènent les enfants à grandir dans des conditions extrêmement difficiles et de fois sans repères. En plus, il y a les traumatismes psychologiques (violences familiales), dont elles peuvent être victimes, au bas âge ou tardivement, qui poussent, ces filles comme elles le disent dans leur jargon à « s’éclater », quand elles sont dans des situations de conflits et ou de tension. Des amis avec l’expérience de la drogue peuvent leur suggérer de prendre, telle substance pour gérer leur stress, comme nous affirme certaines filles, que nous rencontrons lors des consultations. En plus des facteurs que, j’ai évoqués plus haut, il y a d’autres femmes et filles qui utilisent ces drogues, juste pour ressembler aux autres membres de leur groupe ou compagnie (ressembler aux pairs). Pour certaines femmes c’est un pur accident de parcours de vie, qui font qu’elles se retrouvent dans la consommation des drogues. Une autre cause est qu’il y a des filles, qui tombent sur des garçons, qui consomment de la drogue et dans leur vie amoureuse, elles finissent aussi par consommer. Nous avons reçu plusieurs cas, au cours de nos consultations ces derniers temps. Par exemple, un usager de la drogue (homme), qui tombe amoureux d’une fille et la fille finit par consommer la drogue.
Est-ce que les femmes et les filles peuvent guérir de ce mal ? Si oui, donnez-nous quelques exemples ?
On peut dire oui et non. Oui, dans le cas où il y a sevrage c’est-à-dire la personne arrête de prendre la drogue alors, les complications psychiatriques aussi disparaissent. La personne ne sera plus considérée, comme un malade mental. Mais, des fois, la drogue n’est qu’un facteur déclencheur de la maladie. En ce moment, même si la personne arrête la consommation de la drogue, comme ce n’est pas la drogue qui est la cause de la maladie, on peut avoir une stabilisation de la maladie et non une guérison complète.
 Les usagers de la drogue, qui ont accepté de suivre leur sevrage jusqu’au bout, finiront par retrouver leur vie normale. N’oublions pas dans le processus de notre diagnostic, qu’on pose par rapport à ces comportements, est : « Est-ce que c’est la drogue, qui est la cause de la maladie ou bien la drogue est juste un facteur d’aggravation, ou un facteur déclencheur ? » 
Si la drogue n’est ni la cause, ni le facteur déclenchant c’est ce que nous appelons troubles psychiatriques, une maladie sur un terrain de consommation d’une drogue quelconque. Quand on arrive à maîtriser l’usage de la drogue, nous arriverons à bien stabiliser le patient, même si la drogue n’est pas la cause. Il faut aussi comprendre que la drogue peut constituer un facteur d’aggravation de symptômes ou bien de la maladie même si elle n’est pas la cause. Ce qui fait que si la consommation de la drogue est maîtrisée, la prise en charge sera facile, en terme de stabilisation, pas en termes de guérison.
Aujourd’hui, c’est un véritable fléau social qui n’épargne personne, toutes les couches sociales et les tranches d’âges sont concernées. Il faut aussi qu’on arrive à comprendre qu’il n’y a pas que les drogues illicites, il y a aussi des drogues qui sont autorisées qui ont hélas les mêmes effets que les autres drogues et les mêmes conséquences sur le plan sanitaire.

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