Entretien avec :
La magistrate Gogé Maïmouna Gazibo, coordinatrice de l’ONG Chroniques Juridiques
Propos recueillis par Balkissa Hamidou
Quand on parle de Violences Basées sur le Genre (VBG), de quoi parle-t-on ?
Dans le contexte nigérien, il faut parler de Violences Faites aux Femmes. Par exemple, pour les femmes mariées, ça peut être les violences conjugales, pour la petite fille, le mariage forcé. Puisqu’il y a une nuance entre les deux concepts. Lorsqu’on parle de violences basées sur le genre, on pense, à toutes les inégalités, en lien avec le genre. C’est toute forme de violence exercée sur une personne, homme comme femme, à raison de son genre. Quand on parle de violences faites aux femmes, ce sont toutes les formes de violences : les agressions physiques, verbales, psychologiques, émotionnelles exercées, à l’encontre de la jeune fille ou à l’encontre de la femme. Les violences de manière globale sont prises en charge par les textes, qu’il s’agisse de coups et blessures volontaires, de harcèlement, de viol, d’excision etc.
Par exemple l’abandon de famille est une violence prise en charge par le code pénal nigérien, le refus de payer une pension alimentaire à ses enfants en cas de divorce des parents est une privation, qui fait souffrir énormément de femmes. Dans notre contexte, c’est une forme de violence.
Est-ce que les violences faites aux femmes peuvent différer d’un pays à un autre ?
Bien sûr que oui ! Aujourd’hui, ce qui est important de comprendre, ce que les sociétés présentent des réalités socioculturelles différentes, même si les violences se définissent de manière universelle, les procédures, les stratégies et les formes sont différentes, en fonction des pays. Par exemple, il y a des pays, où on ne parle pas d’esclavage, alors qu’au Niger, c’est une pratique, qui existe et qui perdure. La plupart des législations ne savent pas ce qu’est la répudiation alors que, c’est la forme de violence basée sur le genre, la plus répandue au Niger. Si vous regardez à titre d’exemple, dans certains pays, on peut voir dans les statistiques, que chaque trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint. Alors qu’au Niger, vous pouvez aller en assises pour toute une année, vous ne verrez pas un homicide ou une violence conjugale ayant entrainé la mort d’une femme.
La femme nigérienne rencontre les mêmes difficultés sous une autre forme. Au Niger aussi, les juges peuvent dire que chaque trois jours, des femmes meurent d’accouchement précoce, ou d’épuisement, de faim, de maladies engendrées par des violences familiales ou conjugales, donc c’est juste les formes qui varient, mais les conséquences sont les mêmes ainsi que l’impact.
Aujourd’hui, une femme de vingt-cinq ans, qui n’est pas mariée dans une communauté nigérienne est la risée de toute la famille. Elle est victime de stigmatisations, d’insultes, de railleries. Et cela même sur les lieux de travail. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu’ne femme qui n’accouche pas, subit dans la belle famille, dans la société. Alors qu’elle même, aspire à être mère. La société oublie, qu’elle est la première victime, de ce qui lui arrive. Pourtant cette femme sera visée par des propos indirects, des insultes. Certaines sont mêmes chassées des domiciles conjugaux. Ici, au siège de l’ONG Chroniques Juridiques, il nous est arrivé, de recevoir des femmes, qui ont donné de l’argent à des hommes pour les épouser, juste parce qu’elles ne supportent plus les railleries. Elles veulent, devenir Madame mais, ces hommes là, ont détourné l’argent.
C’est le regard de la société qui estime, qu’une femme qui n’a pas enfanté, n’est pas une « vraie femme », donc voilà les formes de violences émotionnelles, psychologiques exercées contre la femme nigérienne, qu’il faut aborder avec tact et stratégie, pour amener les communautés à comprendre, que ce n’est pas la femme, qui décide d’être stérile. Ce sont des choses qui arrivent. Ce n’est pas la femme qui décide de se doter. C’est la société qui a décidée, que c’est à l’homme qu’il revient de doter la femme.
Quelles sont les sanctions prévues contre les auteurs des Violences Basées sur le Genre ?
Si par exemple, le viol, les coups et blessures volontaires, sont des formes de violences, prises en charge par le code pénal, les violences, les plus répandues, ne sont prises en charge par aucune loi. Aucun texte ne protège la femme, qui n’accouche pas des discriminations dont elle fait l’objet. Aucun texte ne protège la femme, qu’on appelle « vieille fille », du harcèlement. Le législateur n’a pas prévu, quelque chose dans ce sens. Pourtant, ce sont des actes, qu’on ne connaissait pas avant. Quand on est dans une société où les violences morales ont plus de place et impactent plus, que les violences physiques, qui sont plus ou moins rares. On doit prévoir des textes qui répriment ces actes.
Quelles sont les sanctions prévues pour les auteurs de coups et blessures ?
Vous pouvez avoir des emprisonnements de trois (3) mois, jusqu’à quatre (4) ans, selon les cas. Ça peut être un délit comme ça peut être un crime, qui peut aller jusqu’à trente (30) ans de prison.
Quelles sont les actions menées au niveau de votre ONG Chroniques Juridiques pour lutter contre les VBG ?
Nous faisons beaucoup de sensibilisation. Notre ONG est l’une des premières à présenter les formes de violences basées sur le genre, conformément à notre contexte culturel. Le plus souvent les femmes, qui viennent nous voir, sont victimes de répudiations abusives, pour le refus de payer la pension alimentaire, la garde d’enfant. On leur apprend comment avoir des preuves. Comment préserver les preuves ? Quelle est la procédure à suivre pour obtenir réparation ? Quels sont les délais, pour porter plainte ? Et surtout quelle est la juridiction compétente ou l’institution compétente ? La plus part des victimes ont besoin juste d’être écoutées et d’être conseillées sur le plan juridique.




