ENTRETIEN AVEC LA DAME DE FER DE GAGALA PEULH

Société

ENTRETIEN AVEC LA DAME DE FER DE GAGALA PEULH
Hamadou Harouna, le correspondant du Magazine de la femme, Kassey-Sy de la région de Diffa, reçoit aujourd’hui comme invité, la cheffe de village de Gagala Peulh, un site de déplacés, situé dans la commune de N’Guigmi, Mme Aïssa Abdou. Elle est née en 1977, dans la région de Diffa, mariée et mère de 7 enfants.
Hamadou Harouna : Quand et Comment êtes-vous devenue cheffe de village de Gagala Peulh?
Aissa Abdou : je remercie le Magazine de la femme Kassey-Sy, pour l’opportunité, que vous nous offrez, pour parler de notre village. Avant de vous dire comment je suis devenue cheffe de village, je tiens d’abord, à préciser que nous sommes des éleveurs venus du Lac Tchad. Nous avons perdu nos troupeaux à la suite des attaques de « Boko Harem». Nous avons également quitté, nos localités à cause de l’insécurité de plus en plus récurrente. Ensuite, nous étions un groupe de personnes de notre tribu, errant  de village en village à la recherche de pitance. Il y a quelques années, une ONG de la place est venue à Bonégral (village voisin), pour distribuer des vivres gratuitement aux populations vulnérables. Le premier passage s’est bien déroulé, mais au deuxième passage, une fois sur place, nous n’avons pas pu accéder aux vivres, malgré la distance que nous avons parcourue, avec nos enfants, pour disposer de vivres. Nous avons posé, la question de savoir, pourquoi ce refus? Nous n’avons pas eu de réponse. J’ai posé une deuxième question, en quoi ceux qui ont reçus les vivres nous dépassent-ils? Nous n’avons pas eu des réponses satisfaisantes. J’ai encore posé une troisième question, pourquoi cette discrimination à notre égard? Ou bien, c’est parce que nous sommes des déplacés? C’était le statuquo ! C’est en ce moment, que j’ai compris que nous subissons cette discrimination parce que, nous sommes des déplacés. Et du coup, l’idée de créer notre propre village, m’a traversé l’esprit.
Ce jour là, une fois de retour de notre aventure, J’avais abordé la question de la création du village, avec les autres. C’est ainsi que beaucoup de gens avaient exprimés, leur volonté de se sédentariser et de choisir un chef. Ils m’ont choisi, comme cheffe et sans perdre du temps, j’ai commencé les démarches. J’avais monté le dossier et je suis allée à la mairie de N’Guigmi, au service de plan et à la préfecture, pour nous conformer aux normes en vigueur. C’est comme ça, que je me suis retrouvée, à la tête du village de Gagala Peulh, en 2017.
Au début, nous n’étions pas nombreux, mais la crise sécuritaire a contraint des populations d’autres localités, à fuir. Elles sont venues s’ajouter à nous. A chaque vague de déplacés, nous les recensons et nous informons les autorités.
Hammadou Harouna : Quelles sont les activités économiques menées par les membres de ta communauté actuellement?
Aissa Abdou : Au début c’était des bûcherons, des éleveurs et des agriculteurs, mais aujourd’hui, les attaques des groupes terroristes, ne nous permettent pas de pratiquer ces activités, en toute sécurité.
Hammadou Harouna : A combien estime-t-on la population de Gagala Peulh aujourd’hui?
Aissa Abdou : La population de Gagala Peulh est estimée à plus 16 706 habitants actuellement. La population ne fait que s’accroître.
Hammadou Harouna : Est-ce-que vous avez accès aux services sociaux de base dans le village de Gagala Peulh?
Aissa Abdou : En matière de  santé, c’est le centre de N’Guigmi qui nous coiffe. A chaque fois, que le besoin se fait sentir, nous sollicitons leur appui et ils viennent nous aider. Nous disposons de 5 écoles, dont une pour adultes. En ce qui concerne l’eau, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) et une ONG française de solidarité (ACTED), nous ont beaucoup aidé dans ce domaine. Nous n’avons pas de problème d’eau pour le moment.
Hammadou Harouna : Comment se passe le partage des points d’eau avec vos voisins ?
Aissa Abdou : Nous avons des petits soucis sur ce plan. Il y a des querelles, parfois autour de ces points d’eau, mais nous les gérons à l’amiable et quand ça nous dépasse, j’avise le préfet ou le chef de canton et ils viennent régler le problème.
Hammadou Harouna : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué, en tant cheffe de village et quelles sont les difficultés que vous rencontrées, en tant que femme cheffe de village?
Aissa Abdou : C’est l’attaque que les membres de « Boko Haram », ont commis dans notre village, au cours de laquelle, plusieurs villageois ont été tués. J’ai vu une femme enceinte calcinée, avec son enfant dans le ventre. Ces  images restent gravées à jamais dans ma mémoire. En plus de ça, je fais face à des discriminations de tout genre, surtout de la part de certains hommes, qui estiment, qu’une femme ne peut pas présider, la destinée, d’une communauté. Et ces discriminations viennent, parfois des gens, qui m’ont fait confiance au début. Voila les difficultés que je rencontre en tant que femme cheffe de village.
Hamadou Harouna

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