Invité : M. Alzouma Traoré, Responsable de Programme de l’ONG SOS Femmes et Enfants Victimes de Violences Basées sur le Genre (SOS FEVVF)
Thème : Situation des Violences Basées sur le Genre (VBG) au Niger en période de crise et de conflit
Balkissa Hamidou : Quelle est la situation des Violences Basées sur le Genre au Niger ?
Alzouma Traoré :
De manière générale, la situation des VBG au Niger a connu une régression en termes de cas enregistrés. Les deux enquêtes de référence menées en 2015 et en 2021 montrent une diminution du nombre de femmes et d’enfants victimes.
Pour illustrer, le taux de mariage des enfants avant 15 ans est passé de 76 % en 2015 à 64 % en 2021. Cette amélioration résulte des nombreuses activités de prévention et de prise en charge menées par les structures gouvernementales et non gouvernementales.
Balkissa Hamidou : Quelles sont les régions les plus touchées par les VBG ?
Alzouma Traoré :
Les régions les plus touchées sont Zinder, Maradi, Tahoua, Diffa et Tillabéry.
Balkissa Hamidou : Qu’est-ce qui explique cet état de fait ?
Alzouma Traoré :
Plusieurs facteurs l’expliquent. Ces régions enregistrent un fort taux de mariage d’enfants, notamment en raison du poids de la tradition et de la culture.
Certaines pratiques violentes perdurent, même si elles ne reposent ni sur le droit islamique, ni sur le droit moderne.
Il faut aussi noter que ce sont parmi les régions les plus peuplées du pays, ce qui contribue à l’ampleur des cas.
Balkissa Hamidou : Quelles sont les autres formes de VBG les plus répandues au Niger ?
Alzouma Traoré :
Après le mariage des enfants, la violence psychologique est la forme la plus répandue.
Elle est transversale, car toute victime d’une autre violence (viol, violences physiques, agressions…) subit automatiquement une violence psychologique.
Ensuite vient le déni de ressources, souvent lié au faible pouvoir d’achat et au fait que dans certaines zones, revendiquer ses droits est mal perçu. Les femmes qui osent le faire peuvent être victimes de représailles.
Balkissa Hamidou : Depuis 2015, le Niger fait face à une insécurité persistante. Cette crise a-t-elle fait augmenter les VBG ?
Alzouma Traoré :
Oui. Dans les zones touchées par l’insécurité, les VBG ont augmenté.
L’État n’y a pas un contrôle total, certains individus se comportent comme en territoire conquis, ce qui favorise les abus.
L’insécurité crée aussi un climat de tension permanente, une baisse des activités économiques et une raréfaction des ressources, autant de facteurs qui accentuent les violences.
Balkissa Hamidou : Dans les sites de réfugiés, quelles formes de violences sont les plus fréquentes ?
Alzouma Traoré :
On y observe plusieurs formes : le déni de ressources, les agressions sexuelles, et d’autres abus.
Dans ces camps où femmes, hommes et enfants vivent en promiscuité, un manque de protection expose particulièrement les filles et les femmes.
Beaucoup n’osent pas sortir des camps, car dès qu’elles s’éloignent, elles peuvent être agressées à quelques kilomètres seulement.
Balkissa Hamidou : Avec le coup d’État du 26 juillet 2024 et l’instabilité politique, les VBG ont-elles également augmenté ?
Alzouma Traoré :
Tout changement majeur provoque un bouleversement dans la vie des populations.
Comme durant la période du COVID-19, la situation politique et surtout les sanctions subies par le Niger ont créé des tensions au sein des ménages.
Nous avons effectivement constaté une augmentation des cas de VBG depuis le changement de régime, même si seule une étude approfondie pourrait expliquer précisément les causes.
Balkissa Hamidou : Quelles actions mène l’ONG SOS Femmes et Enfants Victimes de Violences Familiales pour lutter contre les VBG ?
Alzouma Traoré :
La lutte contre les VBG est au cœur de notre mission.
Nous menons des actions de :
- prévention de toutes les formes de VBG ;
- renforcement des capacités des acteurs et des communautés ;
- mise en place d’un mécanisme de réponse pour la prise en charge des victimes ;
- sensibilisation afin d’encourager les dénonciations ;
- plaidoyer auprès de l’État pour améliorer les lois, les règlements et les dispositifs d’appui aux victimes.
Notre objectif est de réduire durablement les violences dont sont victimes les filles et les femmes.

