Le magazine électronique de la femme nigérienne reçoit comme invité Monsieur Seydou Soumaïla, Coordinateur Régional de la Coalition des Organisations Nigériennes des Droits de l’Enfant (CONIDE – Section Tahoua).
Avec lui, il est question du mariage des enfants dans la région de Tahoua.
Comment se présente la situation du mariage des enfants dans la région de Tahoua ?
Le mariage des enfants constitue un sérieux problème dans la région de Tahoua. Il est une réalité indéniable. Pendant un certain temps, cette région a été classée troisième au niveau national, avec un taux très élevé de 76 %, après Maradi et Zinder.
Selon le dernier DSN, dont les résultats sont disponibles mais pas encore officialisés, Tahoua a enregistré des progrès notables. Les sensibilisations menées par les acteurs de la société civile n’ont pas été vaines : elles ont porté leurs fruits et permis de constater une régression progressive du phénomène dans plusieurs localités.
Qu’est-ce qui explique ce taux élevé dans la région ?
Plusieurs facteurs expliquent ce fort taux de mariage des enfants :
- Les conceptions religieuses et culturelles ;
- La pauvreté ;
- Et plus récemment, la peur des grossesses précoces qui poussent certains parents à donner leurs filles en mariage.
Les jeunes sont très exposés, et certains parents pensent protéger leurs filles en les mariant tôt, afin d’éviter les grossesses non désirées.
Quelles sont les conséquences du mariage des enfants sur la vie des filles ?
Elles sont nombreuses et graves :
- Sanitaires : le mariage précoce peut engendrer des fistules. À Tahoua, 50 % des filles admises pour fistule sont victimes de mariages précoces.
- Psychologiques : l’adolescente n’a pas les facultés pour cerner les réalités du mariage et de la vie de couple, ce qui entraîne des traumatismes.
- Sociales : certaines jeunes mariées fuguent, tombent entre de mauvaises mains et se retrouvent dans des réseaux de prostitution.
- Éducatives : le mariage précoce est l’un des principaux obstacles à la scolarisation des filles. Beaucoup sont contraintes d’arrêter leurs études à cause de ce phénomène.
Quelles sont les actions menées par la CONIDE–Section Tahoua ?
La CONIDE regroupe plusieurs structures œuvrant pour la cause des enfants. Ensemble ou séparément, elles mènent des actions de :
- sensibilisation auprès des communautés sur les conséquences néfastes du mariage des enfants ;
- plaidoyer pour montrer que la jeune fille peut être plus utile à la famille si elle est protégée et scolarisée ;
- accompagnement des familles dans la prise de conscience.
Cependant, le changement de comportement reste le plus grand défi.
Quelles difficultés rencontrez-vous au cours des sensibilisations ?
La principale difficulté est la demande de solutions immédiates par les populations.
Par exemple, une famille peut demander : « Si je ne donne pas ma fille en mariage et qu’elle tombe enceinte, que vais-je faire ? »
Or, la société civile n’a pas de solutions toutes faites. Nous essayons d’expliquer aux familles qu’elles ont la responsabilité d’éduquer leurs enfants, de surveiller leur fréquentation et leur scolarisation, aussi bien pour les filles que pour les garçons.
Travaillez-vous en collaboration avec d’autres structures ?
Oui. La CONIDE collabore avec d’autres ONG locales engagées dans la protection des enfants. Ensemble, nous menons des activités de sensibilisation auprès :
- des scolaires,
- des familles,
- et des populations en général.
L’objectif est de réduire considérablement le taux encore très élevé de mariage des enfants dans la région de Tahoua.
Certains justifient-ils le mariage des enfants par la religion ?
Effectivement, certaines personnes tentent de justifier cette pratique par la religion. Heureusement, nous travaillons avec des leaders religieux qui connaissent bien la thématique.
Ils utilisent des versets coraniques pour expliquer que le mariage des enfants n’est pas une prescription religieuse. Leur soutien est précieux, même si des résistances persistent dans certaines communautés.
Êtes-vous impliqué dans le programme Illimin du ministère de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant ?
Nous ne sommes pas directement acteurs de ce programme. Cependant, la Direction régionale du ministère à Tahoua nous associe lors des réunions de concertation, notamment pour le partage d’expériences et de points de vue.
La CONIDE n’est donc pas impliquée dans la mise en œuvre opérationnelle, mais contribue à l’orientation du programme.
Propos recueilli par Balkissa Hamidou




