Le Magazine électronique de la femme nigérienne
Entretien exclusif avec M. Mahamadou Moussa, Coordinateur de l’ALTEN (Association de Lutte contre le Travail des Enfants au Niger)
Les pires formes de travail des enfants au Niger
Propos recueillis par : Balkissa Hamidou
Introduction
Au Niger, de nombreux enfants particulièrement les jeunes filles sont exposés aux pires formes de travail, allant de l’exploitation domestique à la prostitution, en passant par les travaux dangereux. Pour en savoir plus, le Magazine électronique de la femme nigérienne reçoit M. Mahamadou Moussa, acteur engagé dans la lutte contre ce fléau.
Qu’entend-on par « pires formes de travail des enfants » ?
Mahamadou Moussa :
En référence à la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (1989) et à la Convention n°182 de l’OIT (1999), les pires formes de travail des enfants recouvrent quatre situations :
- L’esclavage et les pratiques analogues ;
- Les activités liées à la pornographie et à l’exploitation sexuelle ;
- Les travaux illicites, comme le trafic de stupéfiants ;
- Les travaux dangereux, nuisibles à la santé, à la moralité et à la scolarisation de l’enfant.
Quelles formes spécifiques touchent les jeunes filles au Niger ?
Mahamadou Moussa :
Elles sont nombreuses :
- L’exploitation domestique assimilable à l’esclavage : une enfant est retirée de l’école pour servir chez des proches.
- La prostitution précoce : certaines jeunes filles sont exploitées dès l’âge de 11 ans, parfois moins.
- Les travaux dangereux ou dégradants : mendicité, corvées physiques, conditions précaires portant atteinte à leur santé et à leur moralité.
- Les activités illicites : bien que rares, certaines jeunes filles peuvent être utilisées pour la contrebande à cause de leur vulnérabilité.
Quelles sont les causes principales ?
Mahamadou Moussa :
Deux mots suffisent : pauvreté et ignorance. Ces réalités fragilisent les familles et exposent les enfants à l’exploitation. Si l’on combat efficacement ces deux facteurs, les jeunes filles ne seraient plus contraintes à ces situations.
Quelles conséquences sur la santé et l’éducation ?
Mahamadou Moussa :
Elles sont graves et multiples :
- Retards de croissance et problèmes de santé dus aux violences et aux conditions de travail.
- Atteintes à la moralité, à l’équilibre psychologique et intellectuel.
- Conséquences sur la maternité future (violences sexuelles, maladies sexuellement transmissibles).
- Abandon scolaire, compromettant l’avenir des jeunes filles.
Quels textes juridiques protègent les enfants au Niger ?
Mahamadou Moussa :
Plusieurs instruments existent :
- La Déclaration universelle des droits de l’Homme ;
- La Convention relative aux droits de l’enfant ;
- La Convention 182 sur les pires formes de travail des enfants ;
- La Convention 138 sur l’âge minimum d’accès à l’emploi (fixé à 14 ans au Niger) ;
- La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant ;
- Le Code pénal nigérien, qui prévoit une protection spécifique des enfants jusqu’à 13 ans.
Cependant, des incohérences persistent dans l’application et l’harmonisation de ces textes.
Y a-t-il des réseaux organisés derrière ces pratiques ?
Mahamadou Moussa :
Non, il ne s’agit pas d’un système structuré, mais de pratiques tolérées par l’ignorance et la pauvreté. Beaucoup de familles considèrent normal de priver une enfant d’école ou de la faire travailler. Le problème réside dans le manque d’application rigoureuse des lois et dans la faiblesse de l’administration.
Quelles actions mène ALTEN dans ce combat ?
Mahamadou Moussa :
ALTEN (Association de Lutte contre le Travail des Enfants au Niger) agit sur plusieurs fronts :
- Prise en charge des victimes : accueil et orientation des enfants en détresse.
- Sensibilisation : campagnes dans les écoles, universités et communautés à travers le pays.
- Plaidoyer : participation aux réflexions nationales aux côtés de l’État.
- Accompagnement social : soutien aux familles vulnérables pour réduire le risque d’exploitation.
Nous croyons que protéger les enfants, c’est protéger la société tout entière.
Conclusion
À travers cet échange, il ressort que les pires formes de travail des enfants au Niger trouvent leurs racines dans la pauvreté et l’ignorance, et affectent gravement la santé, l’éducation et l’avenir des jeunes filles. Des textes existent, mais leur application reste perfectible. Des associations comme ALTEN jouent un rôle déterminant pour sensibiliser, protéger et plaider en faveur des enfants.




