Dans le cadre de sa série d’interviews consacrées au rôle et à la place des femmes dans les chefferies traditionnelles du Niger, le magazine Kassey-Sy reçoit comme invité le Chef de canton de Tahoua, Maï Martaba Mahamadou Moussa, plus connu sous le sobriquet Adou. Avec lui, il est question de la « Magajiya », représentante des femmes dans la chefferie traditionnelle.
Balkissa Hamidou : Qui est la « Magajiya » et quels sont ses rôles et responsabilités dans la chefferie du canton de Tahoua ?
Maï Martaba Mahamadou Moussa :
La « Magajiya » est une princesse à qui l’on délègue la gestion des affaires liées aux femmes du canton. Tous les aspects qui concernent les femmes passent par elle. Elle donne des consignes relatives aux besoins spécifiques de la chefferie et dispose de représentantes dans les différents quartiers.
Ces déléguées transmettent ses messages aux femmes du canton, qui les appliquent à la lettre. Par exemple, au début de la saison des pluies, elle réunit les femmes et leur donne des instructions sur leur comportement à adopter. À la fin de la saison, ses déléguées lui rendent compte du déroulement des activités agricoles. Elle, à son tour, rend compte au chef de canton.
Balkissa Hamidou : Peut-on dire que la « Magajiya » participe à la prise de décision dans le canton ?
Maï Martaba Mahamadou Moussa :
La « Magajiya » ne peut pas prendre de décision de manière autonome. Elle exécute toujours les instructions du chef de canton et transmet les directives à ses déléguées. Cependant, elle est consultée lors des grandes activités et joue un rôle de relais entre le chef et les femmes.
Dans d’autres régions, notamment chez nos cousins Bogobiris, la représentante des femmes, appelée « Inna », dispose de plus de pouvoir. Elle agit comme une prêtresse et prend des décisions spirituelles en toute autonomie, ce qui diffère de notre organisation où la « Magajiya » reste soumise au chef de canton.
Balkissa Hamidou : Qui peut devenir « Magajiya » dans votre canton ?
Maï Martaba Mahamadou Moussa :
Le titre de « Magajiya » revient à une princesse : la sœur ou la fille du chef. C’est le chef qui l’intronise officiellement lors d’une grande cérémonie marquée par des chants, des danses et la présence des notables.
Durant une semaine, les griots et chanteurs séjournent chez elle pour chanter ses louanges, et elle doit les nourrir. À la fin, ils reviennent remercier le chef pour les services rendus à la « Magajiya » et au canton.
Balkissa Hamidou : Quels sont ses domaines d’intervention ?
Maï Martaba Mahamadou Moussa :
Les responsabilités de la « Magajiya » sont nombreuses :
- Gérer toutes les affaires concernant les femmes du canton.
- Collaborer avec les autorités régionales sur des pratiques néfastes et mener des enquêtes.
- Convoyer les instructions du chef aux femmes.
- Jouer un rôle clé dans les cérémonies de mariage des princesses, en organisant notamment la semaine de henné.
En résumé, la « Magajiya » est un maillon essentiel entre la chefferie et les femmes du canton.



