Le magazine électronique de la femme Kassey-Sy reçoit Monsieur Garba Saley, Président de l’Association Nigérienne pour le Traitement de la Délinquance et la Prévention du Crime (ANTD).
Avec lui, nous échangeons autour de la prostitution des jeunes filles mineures au Niger, un phénomène qui prend une ampleur inquiétante ces dernières années.
Balkissa Hamidou : La prostitution des jeunes filles mineures est un phénomène qui inquiète plus d’un Nigérien actuellement. Qu’entend-on exactement par prostitution des mineures ?
Garba Saley : La prostitution des jeunes filles mineures est une pratique néfaste qui survient lorsqu’une personne profite d’une transaction commerciale à des fins sexuelles impliquant une mineure.
Ceux qui tirent profit de ces pratiques sont les proxénètes, certains intermédiaires, parfois même des parents, ou encore des acteurs du secteur de l’hôtellerie.
Les jeunes filles mineures s’y retrouvent aussi lorsqu’elles ont des rapports sexuels en échange de besoins fondamentaux (nourriture, abri, protection) ou de faveurs comme de meilleures notes à l’école ou de l’argent de poche.
En période de crise, des adultes sans scrupules prostituent également des mineures en échange d’argent, d’un passage de frontière ou d’un accès à une zone sécurisée.
Balkissa Hamidou : Ce phénomène prend de l’ampleur au Niger. Qu’est-ce qui explique cette situation ?
Garba Saley : Plusieurs facteurs expliquent cette progression inquiétante.
- La pauvreté et la méconnaissance des droits des enfants ;
- L’absence ou l’insuffisance d’une éducation de qualité pour les filles ;
- Les stratégies de survie liées à la baisse des revenus familiaux ;
- L’immaturité et la vulnérabilité de certaines mineures issues de familles en difficulté (parents alcooliques, marâtres violentes, environnement de débauche) ;
- Enfin, la faible réactivité de l’État face à ce phénomène.
Beaucoup de jeunes filles sont ainsi contraintes de contribuer à l’équilibre familial, au prix de leur exploitation sexuelle.
Balkissa Hamidou : Quelles sont les régions du Niger les plus touchées et pourquoi ?
Garba Saley : Les régions les plus concernées sont Niamey, Maradi, Zinder et, dans une certaine mesure, Agadez.
- À Niamey, le phénomène est accentué par le fait que la capitale est à la fois une zone de transit et un centre d’accueil pour les migrants. Sa diversité sociale (fonctionnaires, hommes d’affaires, hôtellerie, auberges, réseaux de proxénètes) favorise aussi l’expansion de la prostitution. Une cartographie réalisée par l’ANTD a identifié plus d’une vingtaine de sites de prostitution de mineures.
- À Maradi et Zinder, la proximité avec le Nigeria joue un rôle important. Depuis l’instauration de la charia dans certains États nigérians en 1999, beaucoup de femmes ont migré vers le Niger, contribuant à l’essor de cette pratique dans ces deux régions.
- À Agadez, ville de transit vers le Maghreb et l’Europe, mais aussi destination touristique, le phénomène est alimenté par les flux migratoires et les visiteurs étrangers. Ici, l’exploitation sexuelle des mineures prend souvent la forme de « tourisme sexuel ».
Balkissa Hamidou : Quelles sont les actions menées par l’ANTD pour lutter contre ce phénomène ?
Garba Saley : Nos actions se concentrent sur la prévention, la sensibilisation et la réinsertion. Nous menons notamment :
- des sensibilisations communautaires auprès des familles et des enfants ;
- des actions de réinsertion scolaire et professionnelle des jeunes filles victimes ;
- le rétablissement des liens familiaux lorsque ceux-ci sont rompus ;
- l’organisation de journées récréatives pour favoriser la réintégration des filles ;
- le plaidoyer auprès des autorités et élus pour une meilleure protection des mineures.
Nous avons aussi mis en œuvre plusieurs programmes et projets :
- le Programme Afrique de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants (PACTES), de 2011 à 2014, dans les régions de Niamey, Tillabéry et Dosso ;
- le projet 3P Niger (Prévention, Protection et Plaidoyer contre l’exploitation sexuelle des enfants), de 2015 à 2017, dans les mêmes régions ;
- le programme PARLE (Participation des Enfants en Afrique pour un Réseau de lutte contre l’exploitation sexuelle), de 2018 à 2020 ;
- et actuellement, le projet Mobilité protégée, toujours en cours d’exécution.

