Zinder : l’écoulement des produits cosmétiques faits maison, un véritable parcours du combattant

Autonomisation de la femme

Depuis quelques années, dans la région de Zinder, de plus en plus de femmes et de jeunes filles s’investissent dans la production de cosmétiques faits maison. Un secteur qui pourrait être rentable, mais qui reste semé d’embûches : la commercialisation demeure difficile.

En cause, plusieurs facteurs : la préférence des consommateurs pour les produits importés, l’absence de packaging attractif et surtout le manque de stratégie de communication adaptée.

La mévente des produits locaux

Dans la ville de Zinder, nombre de productrices peinent à écouler leurs marchandises. C’est le constat que nous avons recueilli sur le terrain.

Zoulaha, productrice du quartier Toudoun Djamous, confie :

« Je fabrique des savons, de la pommade et des baumes pour les nerfs, mais je n’arrive pas à les écouler facilement. Pourtant, je consacre du temps et j’utilise des produits de qualité. Malgré tout, c’est le statu quo. »

Même son de cloche chez Délou, vendeuse ambulante au quartier Birni :

« Je circule d’un quartier à un autre pour vendre mes produits faits maison, mais en vain. Lorsque j’arrive à vendre, c’est dans les ménages, chez les boutiquiers, au marché local ou dans les marchés hebdomadaires des villages environnants. C’est fatigant ! »

Des produits sous-estimés

À Zinder, les cosmétiques locaux souffrent d’un manque de considération. Beaucoup de consommateurs les perçoivent comme inférieurs aux produits importés.

Loubabatou Maman Bachir, productrice, raconte son expérience :

« Pour ma première production, j’ai eu du mal à convaincre les gens d’accepter mes produits, encore moins de les acheter. Une dame de mon quartier m’a dit : ‘Tes produits sont faits maison’, comme si cela leur enlevait toute valeur. »

Elle souligne aussi un autre problème :

« Beaucoup de clients achètent à crédit et ne paient qu’après une à deux semaines. Cela décourage pour la suite. »

De son côté, Hadjia Rahama, formatrice en production cosmétique, dénonce la dévalorisation par certains boutiquiers :

« Pour accepter nos produits, ils les sous-évaluent afin de les acheter à moindre coût. Ensuite, ils les revendent à un prix plus élevé. »

Loubabatou ajoute :

« Si nos produits se vendent difficilement, c’est aussi à cause de l’absence de packaging. Sans emballage de qualité, nos articles paraissent sans valeur. »

L’absence de communication, un frein majeur

Pour accroître leurs ventes, les productrices doivent mettre en place une véritable stratégie de communication. Cela permettrait de faire connaître et de valoriser leurs cosmétiques au même titre que les produits importés.

Une telle stratégie passerait par la confection d’emballages modernes et attractifs, mais aussi par la publicité via les radios locales, la télévision, les réseaux sociaux et la presse en ligne.

Or, la majorité des productrices n’exploitent pas ces canaux. Beaucoup préfèrent écouler leurs produits lors de baptêmes ou de mariages, espérant trouver preneur. Pourtant, une meilleure organisation, notamment en réseau et avec la création de points de vente dédiés, pourrait changer la donne.

En conclusion

Les femmes de Zinder font preuve de créativité et d’endurance dans la fabrication de cosmétiques faits maison. Mais sans packaging valorisant, sans stratégie de communication et face à la préférence marquée pour les produits importés, leur parcours reste semé d’embûches.

Un accompagnement technique et institutionnel leur permettrait non seulement d’écouler leurs produits, mais aussi de transformer cette activité en véritable levier économique pour la région.

Ismaïl Abdoulaye

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