Nafissa ou la victoire sur le handicap

Education

« La réussite est au bout de l’effort », dit un adage africain. Cet adage résume à lui seul la détermination de Nafissa Maman Abdoulaye, enseignante non voyante de 29 ans, originaire de la région de Tahoua.

Nafissa a effectué ses études primaires à l’école Mahamadou Nouhou de Tahoua, avant de poursuivre son cursus secondaire au Complexe des établissements scolaires de Tahoua I, où elle obtient son BEPC. Elle intègre ensuite l’École Normale Kaocen de Tahoua, d’où elle sort diplômée enseignante avec brio.

Dire non à la mendicité

Dans une ville où la mendicité est devenue monnaie courante parmi les personnes non voyantes notamment aux abords des mosquées, des marchés et des grands axes Nafissa a décidé de tracer une autre voie.

« J’ai constaté qu’il existe plusieurs formes de mendicité pratiquées par les femmes et les enfants non voyants. Moi, j’ai choisi de montrer au monde que le handicap n’est pas un frein pour réussir dans la vie », confie-t-elle.

Elle déplore aussi l’utilisation abusive de la religion comme prétexte :
« Beaucoup se cachent derrière l’islam pour mendier. Ce qui me déplaît, c’est qu’elles en ont fait une véritable carrière, sans respecter les principes religieux en matière de mendicité », dit-elle d’une voix empreinte de tristesse.

Un parcours semé d’embûches

Pour Nafissa, la mendicité est un frein majeur à l’éducation des enfants issus de familles modestes au Niger :
« Malgré mon handicap et mes origines modestes, je ne me suis jamais intéressée à la mendicité. C’est une pratique néfaste qui nuit gravement à l’avenir de milliers d’enfants », explique-t-elle avec gravité.

Son parcours scolaire n’a pas été de tout repos : manque de moyens financiers, difficultés de déplacement, discriminations de la part de certains enseignants refusant de répéter les dictées ou d’adapter leurs cours, brimades et moqueries de camarades estimant qu’elle n’avait pas sa place à l’école.
« Malgré tout, j’ai tenu bon », affirme-t-elle avec bravoure.

Un modèle pour la jeunesse

Aujourd’hui, Nafissa est un modèle de persévérance.
« Mon courage et ma détermination ont fait de moi ce que je suis. Cela prouve que la scolarisation des jeunes filles est possible, avec un peu de volonté », assure-t-elle.

Elle exprime sa gratitude :
« Je remercie mes parents, amis, enseignants, collègues, ainsi que tous ceux qui ont cru en moi et m’ont soutenue. »

Et d’adresser un message aux autres personnes non voyantes :
« À cœur vaillant, rien d’impossible. J’exhorte les autres à suivre mon exemple. »

Un engagement au service de l’éducation

Après avoir exercé son premier poste dans le département de Konni (région de Tahoua), Nafissa enseigne aujourd’hui à l’école primaire de Djida, dans la commune de Kollo, région de Tillabéri.

Son histoire reste la preuve vivante qu’avec détermination et effort, le handicap ne définit pas les limites d’une personne.

Asman Amadou

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