Balkissa Hamidou reçoit comme invité du magazine électronique de la femme nigérienne, Kassey-Sy-info, M. Alou Ayé, sociologue et formateur à l’École Supérieure de la Communication et des Médias au Niger (ESCOM-Niger). Avec lui, il sera question de la parenté à plaisanterie entre coépouses au Niger. Mais avant cela, il nous explique ce qu’est le cousinage à plaisanterie.
BH : Qu’entend-on par parenté à plaisanterie ?
M. Alou Ayé : C’est un mécanisme conçu depuis la nuit des temps par nos aïeux pour faciliter la cohabitation harmonieuse entre les différentes couches sociales, économiques, professionnelles, culturelles et ethniques partageant l’espace nigérien. L’objectif fondamental de la parenté à plaisanterie est de permettre aux populations de vivre en symbiose, malgré leurs différences, les conflits ou les divergences, afin de réduire les risques d’explosion sociale.
BH : Parmi les types de parenté à plaisanterie, on retrouve celle entre coépouses, notamment entre les premières épouses (appelées wandé béri ou Ouardjida en langues zarma et haoussa) et les secondes épouses (wanda kaina ou dogalé). Comment se manifeste ce cousinage à plaisanterie entre ces deux groupes, et quels en sont les objectifs ?
M. Alou Ayé : La parenté à plaisanterie est également présente au sein des foyers, notamment entre coépouses. Il faut rappeler que ce mécanisme a été instauré pour atténuer les tensions dans la vie communautaire. Or, la cohabitation dans un foyer polygamique peut être particulièrement difficile, car une femme accepte rarement facilement une coépouse. Cette cohabitation engendre souvent des conflits, des rivalités, voire une compétition ouverte.
Pour atténuer cette tension, la société a développé une forme de parenté à plaisanterie entre premières et secondes épouses. Cela permet de réduire les conflits au maximum. Les coépouses peuvent ainsi se taquiner, se dire certaines vérités par le biais de métaphores ou d’attaques dirigées non pas directement contre l’individu, mais contre le groupe auquel elle appartient — soit les premières ou les secondes épouses.
Ce mécanisme autorise donc les critiques indirectes, socialement acceptées, et oblige chaque femme à accepter les taquineries sans animosité. Le simple fait d’avoir un canal d’expression permet d’alléger les tensions, même si la cohabitation reste difficile. Cette possibilité d’exprimer ses ressentis, même de manière détournée, soulage et apaise les relations au sein du foyer.
BH : Peut-on dire que cette forme de parenté à plaisanterie contribue à instaurer la paix dans une famille polygame ?
M. Alou Ayé : Bien sûr. La parenté à plaisanterie entre groupes linguistiques a été la première à se développer, mais celle entre coépouses joue un rôle tout aussi crucial dans la réduction des tensions dans les foyers.
Les conflits non résolus entre coépouses peuvent laisser des séquelles sur plusieurs générations. Parfois, les petits-enfants en subissent les conséquences. Il est donc à saluer le génie de notre société d’avoir conçu ce système.
Il ne se limite pas aux femmes : les enfants aussi en sont affectés. Par exemple, si un enfant commet une bêtise, une première épouse dira que c’est « typique des enfants de secondes épouses », et inversement. Cela devient une forme socialement acceptée de critique humoristique.
C’est un mécanisme important, car il permet une compréhension mutuelle, malgré les douleurs ou les conflits. Il offre un espace d’expression indirecte, permettant de dire beaucoup sans provoquer frontalement. C’est un outil culturel précieux, qui favorise la coexistence dans nos foyers où la polygamie est fréquente.
C’est donc une arme sociale pacifique qu’il faut valoriser, cultiver et transmettre afin de maintenir la cohésion, le vivre-ensemble et la paix dans nos communautés.

