Entretien avec Monsieur Alzouma Alfazazi, Psychologue Clinicien…

Société

Entretien avec Monsieur Alzouma Alfazazi, Psychologue Clinicien, au Pavillon E, service psychiatrique, de l’hôpital National de Niamey, sur les causes et l’ampleur que prend la consommation des stupéfiants par les femmes et les filles au Niger, les types de stupéfiants et les solutions envisageables pour lutter contre la consommation des stupéfiants par ces dernières
BH : Quelles sont les causes de l’usage des stupéfiants chez les femmes et les filles au Niger ?
Alzouma Alfazazi : Les causes de la consommation des stupéfiants sont nombreuses au Niger. Il y a la pauvreté, mais aussi l’influence de tout ce qu’il y a comme effets de changement, notamment l’accessibilité, à certaines informations sur les réseaux sociaux. Elles découvrent par curiosité ces produits et elles tentent de faire l’expérience. Elles sont prêtes à essayer. C’est comme ça, qu’elles tombent dans la consommation abusive de ces drogues. Il y a également la dislocation familiale, avec les divorces et les décès des parents, qui amènent les enfants à grandir dans des conditions extrêmement difficiles et parfois sans repères. En plus, il y a les traumatismes psychologiques (violences familiales), dont elles peuvent être victimes, au bas âge ou tardivement. Tous ces facteurs poussent, ces filles comme elles le disent dans leur jargon à « s’éclater », quand elles sont dans des situations de conflits et ou de tension. Des amis avec l’expérience de la drogue peuvent leur suggérer de prendre, telle substance pour gérer leur stress, comme nous affirme certaines filles, qui viennent en consultation dans nos services. En plus des facteurs que, j’ai évoqués plus haut, il y a d’autres femmes et filles qui utilisent ces drogues, juste pour ressembler aux autres membres de leur groupe ou compagnie (ressembler aux pairs). Pour certaines femmes c’est un pur accident de parcours de vie, qui font qu’elles se retrouvent dans la consommation des drogues. Une autre cause est qu’il y a des filles, qui tombent sur des garçons, qui consomment de la drogue et dans leur vie amoureuse, elles finissent aussi par consommer. Nous avons reçu plusieurs cas, au cours de nos consultations ces derniers temps. Par exemple, un usager de la drogue (homme), qui tombe amoureux d’une fille et la fille finit par consommer la drogue.
BH : Quelle est l’ampleur de la consommation des stupéfiants chez les femmes et les filles au Niger ?
Alzouma Alfazazi : Nous constatons, que les filles comme les garçons consomment ces drogues et nous sommes étonnés, par la proportion que prend ce fléau, au vue de l’ampleur des consultations des filles, que nous recevons dans nos services, avec la problématique de l’usage de la drogue. C’est vraiment un fléau, qui nécessite qu’on s’y attarde.
En plus des drogues classiques, que les femmes et les filles consomment, ici, je voudrai évoquer une autre forme de consommation des produits nuisibles, qui prend de l’ampleur et dont on parle peut par ignorance. Ce sont certaines formes de médicaments de la rue, que les femmes utilisent pour traiter des maladies, mais qui ont des effets beaucoup plus aux allures de la drogue. Par exemple les femmes dans les villages, qui vont dans les champs utilisent ces produits, qui ont un potentiel dopant, par rapport à leurs activités quotidiennes. Ils utilisent ces médicaments à des doses très élevées et qui finissent par être de la drogue pour eux. Parce que, lorsqu’on revient à la définition de la drogue, c’est une substance, qui contribue à la modification du fonctionnement du cerveau, avec beaucoup plus, le potentiel de la dépendance que ça créé chez elles. C’est ça qui fait qu’aujourd’hui, même dans les villages, il y a des femmes qui sont beaucoup plus dépendantes de certains produits de la rue, qu’elles utilisent dans le cadre de leurs activités quotidiennes. Elles utilisent ces produits (médicaments), pour pouvoir supporter la surcharge des travaux, or ce sont des formes de drogue qu’elles consomment sans se rendre compte.
BH : Quels sont les types de stupéfiants les plus consommés par les femmes et les filles au Niger?
Alzouma Alfazazi : Les filles sont organisées, sous formes de clubs d’utilisation de la drogue, surtout avec leurs amis garçons. Il y a des femmes et des jeunes filles, que nous recevons aux soins, qui utilisent la cocaïne, le cannabis, le crack et les produits dérivés, par exemple les sirops codéines, en renfort à la chicha, qu’elles consomment avec leur groupe d’amis et toutes les autres drogues, qui circulent dans la ville de Niamey.
Est-ce que les femmes et les filles peuvent guérir de ce mal ? Si oui, donnez-nous quelques exemples ?
On peut dire oui et non. Oui, dans le cas où il y a sevrage c’est-à-dire la personne arrête de prendre la drogue alors, les complications psychiatriques aussi disparaissent. La personne ne sera plus considérée, comme un malade mental. Mais, des fois, la drogue n’est qu’un facteur déclencheur de la maladie. En ce moment, même si la personne arrête la consommation de la drogue, comme ce n’est pas la drogue qui est la cause de la maladie, on peut avoir une stabilisation de la maladie et non une guérison complète.
 Les usagers de la drogue, qui ont accepté de suivre leur sevrage jusqu’au bout, finiront par retrouver leur vie normale. N’oublions pas dans le processus de notre diagnostic, qu’on pose par rapport à ces comportements, est : « Est-ce que c’est la drogue, qui est la cause de la maladie ou bien la drogue est juste un facteur d’aggravation, ou un facteur déclencheur ? » 
Si la drogue n’est ni la cause, ni le facteur déclenchant, c’est ce que nous appelons troubles psychiatriques, une maladie sur un terrain de consommation d’une drogue quelconque. Quand on arrive à maîtriser l’usage de la drogue, nous arriverons à bien stabiliser le patient, même si la drogue n’est pas la cause. Il faut aussi comprendre que la drogue peut constituer un facteur d’aggravation de symptômes ou bien de la maladie, même si elle n’est pas la cause. Ce qui fait que si la consommation de la drogue est maîtrisée, la prise en charge sera facile, en terme de stabilisation, pas en termes de guérison.
Aujourd’hui, c’est un véritable fléau social qui n’épargne personne, toutes les couches sociales et les tranches d’âges sont concernées. Il faut aussi qu’on arrive à comprendre, qu’il n’y a pas que les drogues qui sont illicites. il y a aussi des drogues qui sont autorisées, qui ont hélas les mêmes effets que les autres drogues et les mêmes conséquences sur le plan sanitaire.

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